J’ai rendez-vous avec Orwell, sa novlangue et la Juge des Libertés

Plus d’air, pris par l’arrière, étranglé par la nationale, fini d’être sauvage, c’est le temps d’aller renifler de plus près l’organisation de cet état policier. Un trajet en voiture, des insultes et une strangulation plus tard, nous voilà arrivés a leur Q.G.

Après les longues heures de déambulage labyrinthèsque au sein de l’administration comissariaisque, seul Kafka me parlait. Perdu dans le système bureaucratique dont je ne saurais connaître la fin, d’où personne ne saurait me dire l’issue, la durée ou le pourquoi.

Dans la cage on stress, on panique. Toutes les quelques heures le motif change, pourquoi suis-je ici ? Mes seules pistes sont les phrases froides et impersonnelles de mes différents procès verbaux. Un motif, différent à chaque fois, plus ou moins grave sur l’échelle de leur morale, mais surtout toujours aussi faux. Toujours justifié par les deux mêmes individus.

L’arbitraire comme arme, le noir qui m’entoure est sciemment peint. Ne pas céder à la panique.

On se met à douter, qu’ai-je réellement fait ? Coupable non, mais alors pourquoi cet acharnement ? Malgré les deux perquisitions subies et leur vacuité, j’y suis toujours.

L’impersonnalité est leur glaive, le procureur ne montre pas son visage. Je parle à un écran noir, quand bien même celui-ci me voit. Je ne suis qu’un de plus, il me confond avec un autre mais qu’importe, je suis une affaire à juger, et le plus sévèrement possible.

La soumission à l’arbitraire vient d’être rallongée, 24h de plus. L’info tombe, m’écrase, et j’ai du mal à l’accepter, tenir.

Encore une fois cette cellule, ce putain de panoptique où la caméra renforcée te regarde en coin. Aucun moyen de savoir où l’attention du maton est. Vide et froid, le béton, un peu d’eau et l’odeur de pisse des chiottes.

S’occuper pour ne pas étouffer.

Le motif change une nouvelle fois, toujours aussi faux, mais toujours considéré comme vrai.

La sanctification de l’uniforme est réelle, leur parole est sacrée, car ils sont le lien qui transcende le monde physique d’un réel admis comme tel et l’immanence de l’état réifié. L’uniforme est donc le messager objectif, l’ange qui relie ces deux sphères, qui fait régner la justice divine et qui amène la brebis égarée au purgatoire. L’ange ne saurait mentir.

Alors, que fais-je ici ?

Le motif d’arrestation a encore changé. Je suis encore enfermé. Comment rationaliser cette arrestation ?

Les forces réactionnaires d’un état en péril cherchent. Ils ne peuvent m’avoir enfermé pour rien, ils ne peuvent pas avoir fait fausse route. C’est la dissonance cognitive. L’erreur n’est pas acceptable, je dois être coupable, reste à trouver le motif. Nous en sommes donc là. La fin de leur monde ne doit pas être, la rationalisation de leur condition de chien de garde d’un monde fini, ou à finir, ont le besoin de mise en rationalité de leur rôle.

Ils ont des comptes à rendre, aux différents pouvoirs, du Daubé au procureur. Mais ces facteurs n’ont de pertinence pour personne car ils sont les mécanismes sous-jacents d’une globalité qui ne peut être remise en question. C’est de l’ordre du normal, je suis, nous sommes, le pathologique.

Et moi, toujours perdu, toujours dans l’incertitude, rien pour me raccrocher. Fatigué. Une nuit de plus, mauvaise nuit car demain j’ai rendez-vous avec Orwell, sa novlangue et la Juge des Libertés. Vais-je passer le week-end en préventive ?

L’arbitraire, toujours et encore. Kafka toujours, déambulage absurde et attentes en tout genre, pas de fenêtres. De cellules gravées de toutes parts, en salles d’attentes sous néons, le tribunal t’écrase.

Peu d’informations, qui vais-je voir, que vais-je prendre ?

Après d’interminables heures, je ne passerai pas en comparution immédiate mais 5 mois de contrôle judiciaire deux fois par semaine et une interdiction de manifester m’attendent. Le contrôle social en somme, la peur insidieuse qui sait soumettre celui qui ne sait s’en affranchir.

Des projets abandonnés, les finances dans le rouge et cet ancrage à l’uniforme, ce sourire en coin de défiance mêlée à la soumission, deux fois par semaine. Toujours BFM TV au commissariat. Souvent les mêmes flics à l’accueil, je les plaindrais presque, ils ont un boulot de merde. Qui souhaiterai sciemment faire régner un ordre moral particulier sur les autres sans s’étonner de se faire détester.

Comme des curés, avec la force coercitive en plus. Ne savent-ils pas que Dieu est mort ? Que tenter d’imposer un ordre social sur un autre est une absurdité ?

Qu’ils ne sont que les morts-pions d’un échiquier à millions de joueurs sans couleur. Le noir et le blanc ne sont que subjectifs, et personne n’est légitime pour en décréter leur valeur.

Et pourtant, pourtant c’est ce qui se passe, toujours et encore.

De la criminalisation de la pauvreté à la suggestion de la réussite, de l’imposition des normes comportementales à la soumission des corps aux canons, de l’autocensure généralisée par le panoptique de nos vies en spectacle au seul plaisir illusoire de la consommation, nous avons intégré le bien et le mal, et ainsi, eux seuls, instigateurs de cette morale sont à même de juger, divinement de nos péchés.

Demain, je passe en jugement.

Demain je suis le noir, ils seront le blanc.

Demain l’arbitraire me rattrape encore et le contrôle social appelle à son avènement.

Demain je ne serai qu’un de plus parmi ceux passés et à venir.

Demain plus que jamais je saurai que ma place est dans le cortège de tête, et que, peut être cette fois je les aiderai avec des motifs valables.

Le ministère de l’intérieur m’a radicalisé.

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