L’exemple d’une classification des troubles mentaux

Le DSM (diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder) : manuel de classification des maladies mentales.

Introduction

Au cours de mes études de Psychologie, la majorité de nos professeurs de Psychologie Clinique nous ont fait apprendre les critères de diagnostic des ‘maladies mentales’. Dans 90% des cas, elles étaient décrites par une classification dénommée le DSM. Différentes versions de celui-ci ont été publié entre le début des années 50 et 2013 (version la plus récente).
Il semble important de préciser qu’il existe une classification européenne des troubles mentaux : la CIM (classification internationale des maladies), publiée par l’OMS. Il en existe actuellement 10 versions différentes. La dernière version (CIM-10) a été publiée en 1994 et sa dernière révision date de 2006. Celle-ci comporte un chapitre dédié aux “troubles mentaux et du comportement” (chapitre 05). Cependant, il m’a été forcé de constater que face à l’omniprésence de la littérature psychiatrique anglophone – tant dans l’enseignement, qu’au nombre dominant de revues scientifiques anglophones – la ‘psychiatrie non anglophone’ ne semblait pas autant entendue.
Il est d’ailleurs, et l’on nous le répète assez souvent en Licence ‘scientifique’, essentiel pour notre évolution dans les études supérieures de maîtriser la langue anglaise : langue que l’on pourrait presque qualifier d’universelle à l’heure actuelle.
Plusieurs facteurs m’inspirent donc à m’intéresser au DSM plus qu’à la CIM. (Plus tard peut-être!)
Dans un premier temps je tenterais de décrire cette évolution d’une classification qui est souvent assimilée à la Bible des Psychiatres et Psychologues.

 

Evolution historique (c’est le cas de le dire)

Le DSM I est publié en 1952 et diagnostique environ 60 maladies mentales différentes. A partir de ce moment là, les cliniciens se sont mis à travailler avec des personnes qui étaient hors institutions (‘asiles’, ‘hôpitaux psychiatriques’), celles ci étant considérées comme atteintes de troubles plus bénins que la psychose : Névroses, Troubles de la Personnalité…


Le DSM II sort en 1968, 182 pathologies mentales recensées. Parmis celles ci : l’homosexualité. Il paraît aujourd’hui insensé qu’une identité sexuelle déviante, parce que différente de la majorité, soit considérée comme une maladie. De nombreuses revendications de la part des associations représentantes des droits des homosexuels auprès de l’APA (Association des Psychiatres Américains) – notamment lors de congrès – menèrent celle ci à réaliser un référendum en Mai 1974 pour déterminer la légitimité de la place de l’homosexualité dans le DSM : 58% des votes sont pour son retrait  du DSM.
Cet exemple soulève l’importance de la contextualisation des classifications mentales. Contextualisation sociétale tout d’abord: ici l’homosexualité était considérée comme pathologique parce que loin du naturel et des valeurs conservatrices descendantes de l’histoire d’un pays, nous sous entendons ici la religion bien évidemment (contextualisation culturelle). Question sur laquelle nous reviendront ultérieurement.

Une nouvelle rédaction du DSM (DSM III) sort en 1980 relatant 265 pathologies mentales. Cette nouvelle édition du DSM change d’approche, privilégiant une approche ‘athéorique’ et laissant derrière l’approche psychanalytique. Le diagnostic reposait désormais sur une approche multiaxiale.

  Une version modifiée du DSM III sort en 1987. Certains troubles sont retirés tels que le ‘trouble de la personnalité masochiste’ et pour poursuivre avec l’exemple de l’homosexualité, qui, rappelons le était censé avoir été retirée du DSM en 1974, était quand même pris en compte dans le DSM III par un trouble nommé “Orientation sexuelle égodystonique”. Ce trouble était censé diagnostiquer les personnes homosexuelles qui étaient en souffrance : en d’autres termes, les psychiatres pensaient que l’homosexualité pouvait être à l’origine d’une souffrance pathologique. En un sens, cela est vrai : effectivement les homosexuels à l’époque pouvaient rencontrer de grandes difficultés à être heureux : l’homosexuallité était encore peu acceptée par les moeurs, et la ‘psychiatrisation’ de celle ci, n’a certainement rien arrangé aux préjugés qui existaient concernant cette orientation sexuelle. Si les personnes homosexuelles souffraient, il semble logique que cela ne vienne pas directement du fait qu’elles aiment les personnes du même sexe, mais qu’elles pensent n’être pas normale par rapport à cela, ou même que la société les fassent passer pour anormales. Comment ne pas souffrir de cela ?
Le DSM III-R ajouta alors une catégorie ‘troubles de la sexualité non spécifiés’ et retira l’appellation d’Orientation sexuelle égodystonique. Le DSM III-R compte 292 possibilités de diagnostics.


En 1994, Le DSM IV est publié comptant 294 maladies mentales. Une révision de celui ci est faite en 2000 (DSM IV-R) : les catégories diagnostiques et leurs critères furent globalement inchangées, mais quelques précisions quant à celles ci furent ajoutées.


La dernière version du DSM, le DSM 5 -et non DSM V : abandon des chiffres romain- est sorti récemment (2013). Il est aujourd’hui difficile de trouver une source fiable relatant le nombre de pathologies dans cette version ci. Nous retrouvons cependant souvent un nombre de 300 différents diagnostics environ.


Les questions que ces chiffres soulèvent :

Tout d’abord, on peut regarder ces chiffres, leur évolution, et se dire que c’est ‘positif’ : en effet si le nombre de troubles augmente, c’est parce que l’on en spécifie les critères de diagnostique : et en plus, on pourra adapter plus précisément le traitement des personnes vivant avec ceux ci.
Nous pouvons nous arrêter là, dire que, grâce à ces avancées, nous sommes désormais capables de repérer un nombre certain de personnes atteintes de troubles. Que l’on peut faire la différence entre une personne qui est dépressive, une personne qui présente des troubles bipolaires, ou bien une autres des 295 pathologies restantes. Précisément, grâce à la liste (très exhaustive) des critères de diagnostiques.


Mais on pourrait aussi se demander quelle serait la prévalence des personnes atteintes d’un trouble si l’on faisait passer un entretien psychiatrique à la population des Etats Unis par exemple ou à la population européenne… De nombreuses réactions se sont vues soulevées face à cette dernière version du DSM, notamment concernant sa validité, sa fiabilité.
Les besoins de nomenclature pour la réalisation de statistiques et l’application de traitements pharmaceutiques seraient-ils à l’origine de ce besoin de catégoriser, tous et toutes?
N’y a-t-il pas un fort risque de biais quant à la rédaction d’une classification qui se veut athéorique ?
Existe-t-il une classification aculturelle ? Parce qu’il faut savoir distinguer le normal du pathologique. Mais qu’est-ce qui est normal ? Et ce qui est normal pour moi, l’est-il pour tous les membres de mon pays ? Et ce qui est normal selon ma culture, mes normes, l’est-il universellement ?
Qui donc, décrit, invente  les maladies mentales ? Qui nous déclare fous, comment ? Pourquoi?

Prochain article du dossier
‘Comment la Société nous rend Fous’ : ‘Qui créer le DSM ? Qui dessine les ‘maladies mentales ?’

 

Bibliographie :

https://blogs.mediapart.fr/cecilie-cordier/blog/121016/sommes-nous-tous-etiquetes-fous

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/05/13/dsm-5-le-manuel-qui-rend-fou_3176452_1650684.html

http://www.leconflit.com/article-a-propos-du-manuel-diagnostique-et-statistique-des-troubles-mentaux-dsm-75391380.html

http://colblog.blog.lemonde.fr/2013/07/01/steeves-demazeux-quest-ce-que-le-dsm/

https://books.google.fr/books?id=vpRIZtOdROkC&printsec=frontcover&dq=psychiatrie+et+homosexualit%C3%A9&lr=&cd=1#v=onepage&q&f=false

https://www.youtube.com/watch?v=yuCwVnzSjWA

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