QUI CRÉE LE DSM ? : Qui ‘dessine les maladies mentales’ ?

Introduction

Le DSM suit – d’après ceux qui le lisent, le pratiquent et l’enseignent – une logique a-théorique. A-théorique, qu’est-ce que cela signifie ? Je ne crois pas que le terme soit écrit dans le dico’, laissons nous donc tenter par une définition du mot théorique.
D’après le Larousse le mot Théorique signifie : “Relatif à la théorie, à l’élaboration des théories, à leur contenu, par opposition à pratique ou à appliquer”.
Un courant a-théorique viserait donc les connaissances issues de la pratique, de l’empirisme et non plus les raisonnement procédant d’une hypothèse. … Cependant il faut une hypothèse pour créer une expérience et obtenir des résultats.
De la même manière, je me questionne quant à la capacité d’un psychiatre, aussi compétent soit-il, de pouvoir élaborer une liste de critères diagnostics relatant de ce qui est normal ou non. Lui même étant ancré dans une expérience subjective de la pratique, issu d’une formation subjective, ayant des croyances subjectives… un monde subjectif et surtout, surtout, une manière de concevoir le Normal subjective.
Je lis à droite et à gauche que le DSM est acultuel et aculturel parce que réalisé par plusieurs psychiatres issus de pratiques subjectives différentes… Cependant, l’on peut se demander si cela est suffisant pour pouvoir revendiquer une a-théorie : tous, bien qu’issus de monde différents appartiennent à un univers social : tous ont été conditionnés par les systèmes de croyances dans lesquels on les a bercé du berceau au bureau d’école.

Penchons nous tout de même sur ces dessinateurs de maladie, les créateurs du DSM :

L’APA : American Psychiatric Association

Lorsque l’on cherche l’auteur du DSM sur Google, on tombe sur l’apa. L’association des psychiatres américains. Sur leur site officiel je lis :

« Apa a recruté plus de 160 des meilleurs chercheurs et cliniciens venant du monde entier pour créer le DSM 5, en groupes de travail et d’étude. Ce sont des experts en Neuroscience, Biologie, Génétique, statistiques, épidémiologie, social, en science du comportement, en nosologie et en santé publique. Ces membres participent sur une base strictement volontaire et englobent plusieurs disciplines médicales et de santé mentale, y compris la psychiatrie, la psychologie, la pédiatrie, les soins infirmiers et le travail social. »

Experts et soumission à ‘l’autorité scientifique’

Les psychologues et psychiatres sont donc le lien reliant le DSM au diagnostic. Il est évident que l’intérêt d’une classification a théorique se place au niveau de l’objectivité, or, il est important de souligner que les professionnels de la santé ont été formé selon un modèle théorique, variant en fonction des professeurs qu’ils ont eu, de l’université qu’ils ont fréquenté, en somme de leur expérience.

C’est en cela que repose toute la profession médicale : la confiance. Lorsque l’on va voir un médecin au même titre qu’un psychologue, c’est parce que l’on a confiance en son expertise qualifiant en quelque sorte sa capacité à soigner, guérir.

On peut donc se demander si un psychologue, à l’instar d’un psychiatre est en mesure de savoir identifier le discours du patient, son langage subjectif. Parce que lorsque l’on parle de nos difficultés ou de nos problèmes nous employons tous un langage certe national et compris par le professionnel, mais la sémantique, elle, l’idée à laquelle renvoie ces mots est subjective et elle aussi ancrée dans une réalité subjective. Pour décrire des maux, nous avons souvent recours à notre imagination, à des images, métaphores pour essayer d’exprimer clairement et de manière compréhensible les tares que l’on rencontre.

Le psychologue se doit donc d’évaluer via sa propre subjectivité, son propre système de valeur et de croyance les signes, symptômes qu’essaie de décrire le patient avec sa propre subjectivité, son propre système de croyance et son propre système de valeur.
Qui plus est, la plupart du temps les psychologues demandent rarement leur avis aux patients concernant les hypothèses diagnostiques, après tout, ce ne sont pas des personnes qualifiées.

Ainsi, le patient accepte et se résout à se voir comme malade si le médecin ou le psy lui dit qu’il l’est. Il ne saura pas dire si son humeur changeante est belle et bien caractéristique du trouble bipolaire, ou si son impression de se décrocher de lui même est symptôme de la schizophrénie.
Il faut savoir que le DSM, dans ses différentes versions existantes n’a pas été créé par les mêmes professionnels.

Intéressons nous aux dires des anciens ‘intervenants’ de la rédaction du DSM.
La première critique, et l’une des plus populaire, est la clause de confidentialité que les professionnels impliqués dans l’élaboration du DSM devaient signer. On tire ainsi, gracieusement, un trait sur la transparence en prétextant qu’il est nécessaire de ne rien dévoiler avant les discussions des experts lors de conférence et la publication officielle. R.Spitzer, qui a travaillé à la parution du DSM III, dénonce l’aberration d’une confidentialité en ce qui concerne la création d’un manuel vendu par millions à travers le monde. Je vous laisse juger de ce que cela implique.

Evidemment, les psychiatres et autres “experts” participant au travail de révision du DSM doivent rendre des comptes concernant leur revenus pour la tâche.
Sur ce point là d’ailleurs, un article a été publié en 2008 par le journal américain New York times :
Le sénateur Charles E. Grassley aurait mandaté des investigateurs pour enquêter sur les revenus des ‘experts du DSM’. Vous trouverez dans la bibliographie un graphique relatant les déclarations de revenus du Docteur Joseph Bierderman, une figure renommée de la pédopsychiatrie, notamment auteur d’étude et de la définition du trouble bipolaire précoce.
Celui ci aurait oublié de déclarer la modique somme de 1.6 million de dollar venant d’industries pharmaceutiques telles que Jonhson&Jonhson et Eli Lily.
Il n’est pas le seul à s’être sali les mains dans cette affaire, d’autres docteurs, tels que T. Wilens et T.J Spencer ont aussi vu certains de leur(s) oubli(s) de déclaration mis aux yeux du grand public.
Malheureusement, le grand public, il n’a pas l’air très informé ni très intéressé de savoir que les personnes qui décident de ce qui est une maladie ou non soit directement grassement financés par des industries pharmaceutiques…
Bierdeman, n’est pas seulement critiqué pour ses histoires de financement, mais également concernant le diagnostic des troubles bipolaires précoces, qui selon les critères de diagnostics touchent une large partie des enfants. On peut quand même légitimement se demander si ces sources financières n’ont pas un lien direct avec la création de ce trouble, et l’augmentation fulgurante des enfants atteints de cette pathologie… Parce qu’il faut bien les soigner ces pauvres enfants… Et pour ça, heureusement, les experts travaillent sans relâche pour trouver de nouveaux médicaments adaptés à ces nouveaux troubles.
Pour illustrer l’augmentation des diagnostics voici quelques chiffres relatant le nombre d’enfants atteints de bipolarité et hospitalisés entre 1997 et 2010 :
Chez les 6 – 9 ans: une augmentation du diagnostic de presque 700%
Chez les 15 -17 ans, augmentation de 345 %.

Bref, ce cas là n’est qu’un exemple, et j’appelle toutes les personnes souhaitant en savoir plus à aller promener leur regard sur les sites en bibliographie. Mais j’implore également les personnes en formation que ce soit psychiatrique ou psychologique à se renseigner via d’autres sources que celles recommandées en cours, d’autres études que celles publiées par les psychiatres corrompus et sponsorisés par les industries pharmaceutiques.
En somme, il est difficile de se repérer dans un domaine qui est pris de part et d’autre par des conflits d’intérêts.

Pour conclure, l’illustration des propos précédents, avec une image du ‘meeting annuel’ de l’APA :
(source image : http://www.cpdevent.com.au/event/apa-annual-convention-american-psychological-association-4/)

bbbbNovaris : groupe pharmaceutique suisse,
Pristiq (desvenlafaxine) fait partie des antidépresseurs augmentant la quantité de 2 neurotransmetteurs (adrénaline et noradrénaline) chez les sujets dépressifs. Voici un article traitant des affaires juridiques liées à cette molécule : http://www.reuters.com/article/us-pfizer-pristiq-idUSBRE8AB0NZ20121112
Namenda est la marque de la molécule Mémantine, utilisée pour les patients atteints d’Alzheimer.
Shire est un autre groupe bio-pharmaceutique, et tout au fond de l’image, vous pouvez voir “Abilify”, qui est un neuroleptique très à la mode depuis 2010 qui est – normalement – prescrit en cas de schizophrénie.

Bref, belle image d’une foire aux médicaments. Y’en a pour tout le monde ne vous en faites pas, du trouble de l’attention à la schizophrénie, vous trouverez LE médicament fait pour vous, ou en tout cas nos chers experts de l’APA s’investissent dans la découverte du médicament magique pouvant alléger vos symptômes et donc (selon eux) guérir votre maladie.

Et puis concernant les tenants et aboutissants du mal être qui semble se répandre un peu partout, les questionnements liés aux facteurs de l’augmentation de la prévalence des pathologies, ça, bof, ce n’est pas très intéressant, parce que non rentable.

Vous le comprendrez, j’ai particulièrement hâte de vous parler des industries pharmaceutiques! Mais nous aborderons cette lourde question dans le prochain article.

Bibliographie :

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