L’illusion de la liberté, ou pourquoi je n’irai pas voter.

L’illusion de liberté une technique de manipulation ordinaire

C’est une technique de manipulation bien documentée, il s’agit d’influencer un individu en évoquant ce sentiment, ou cette valeur, qui nous est si chère. Dans la vie courante, les expériences empiriques de psychologie sociale ont montrés que par le simple ajout de l’évocation, en début de phrase, de « vous êtes libre de… » une augmentation considérable du consentement est observé.

L’exemple pris dans « Le petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois est celui d’une demande d’argent dans la rue. Par l’ajout du « vous êtes libre de » il y a 4 fois plus de personne qui donnent, et une somme deux fois supérieure à la situation de contrôle. L’explication avancée par les chercheurs est, qu’en invoquant la liberté de l’individu, celui-ci est plus à même de rationaliser son acte, j’ai fait cela mais j’aurais pu ne pas le faire, j’avais le choix.

Quand nous sommes sensibilisés à cette technique elle nous apparaît de toute part. Dans tous les domaines, du marketing à la politique en passant par le sacro-saint management, elle est utilisée.

Ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est l’illusion de la liberté en politique. On nous le rabâche sans discontinu avec sa pléthore d’arguments d’autorité, la démocratie est le seul modèle possible car c’est vous qui décidez, le pouvoir est au peuple, vous êtes libres de choisir vos dirigeants.

Aujourd’hui, l’illusion de liberté s’effrite

Dans toutes les sphères sociales, de tous les penchants politiques cette illusion tombe. On sait, profondément, l’ampleur du mensonge. On sait que le pouvoir est un spectacle où la dimension participative n’est qu’un leurre amené à nous faire consentir.

Et de là naît la haine, la haine du consentement imposé. Oxymore de ce spectacle.

Nous rationalisons par diffusion de responsabilité, je n’ai pas voté pour lui mais il est élu, c’est la faute de ceux qui n’ont pas voté, argument du pouvoir médiatique, rationalisation ordonnée à tous les votants, vous êtes bons, ils sont mauvais. Séparation manichéenne de la population pour forcer le consentement.

De la peur insufflée que l’abstention laisserait la place aux extrêmes, autre technique de manipulation d’ailleurs, nommée peur puis soulagement, on t’expose un problème effrayant, la possibilité que le FN passe, puis on t’offre la solution: aller voter contre. Ils te somment d’aller voter, car l’abstention est un risque pour la démocratie.

Ils te culpabilisent par le fait que tu sois abstentionniste, fainéant, apolitique que tu es. Moi je me sentirai coupable d’aller voter.

La politique dans leur définition restreinte, venant de Politikè (art politique) est la lutte pour le pouvoir, la lutte pour la représentativité. La lutte pour leurs intérêts.

Le vote c’est se contraindre à participer à ce qui nous emprisonne, pour ne pas être culpabilisé par le fait de ne plus le vouloir. C’est rationaliser notre impuissance.

Participer au spectacle c’est y adhérer, c’est légitimer l’ordre établi, lui donner une justification :

La participation

En votant ils peuvent dire que « les Français » ont décidé, « les français » ont choisi, en toute liberté ils ont décidés de leur gouvernement.

Prendre conscience de ce qui nous détermine, prendre conscience de ce qui justifie l’ordre établi et décider de ne plus participer selon les règles du spectacle. Aller vers l’inconnu lointain de nos schèmes de pensées mais près de nos aspirations physiques. Être réellement acteurs de nos vies, ne plus se laisser gouverner, passivement. Il est plus que temps de refaire de la politique, autours de nous et sans eux.

Refaire de la politique au sens large du terme, de son étymologie Politeia qui se réfère à l’organisation réelle, l’action de fonctionnement d’une société et pas à la délégation de notre pouvoir.

Construire et Détruire.

Détruire hier et aujourd’hui au pied de biche ou au marteau brise vitre, fêler le bancale, briser les mécanismes de dominations, exploser le consentement généralisé de notre condition.

Détruire pour construire aujourd’hui et demain, par l’entraide, par l’apprentissage de tous par tous des techniques de vie hors de ce monde qui n’est plus le nôtre, construire avec les restes de cet ancien monde. Prendre ce que l’on peut pour construire ce que l’on veut.

Organisez vous, organisons nous, rien ne sert d’attendre le grand soir, car celui-ci peut se faire chaque jour par la réappropriation de nos conditions de vies, ne plus délayer celle-ci à un pouvoir dissolu dans une technocratie accablante.

Nous n’avons rien perdu, tout est là, à porté de main mais nous nous aveuglons par une morale que nous nous imposons. Laissons de coté ce que l’on nous a inculqué, ce qui nous a été appris.

Les champs du possible sont là, et seule l’action peut nous permettre de les saisir. Bien-sur, les conséquences existent, mais que valent-elles face à ce qui nous attend ? Plus de soumission à la peur, plus de participation à leur jeu.

N’attends plus, dans chacune de tes actions met en application ce que tu penses, ne te laisse pas diriger, ne te laisse pas soumettre, aucune raison de culpabiliser si tu agis. Vis ne la gagne pas, il n’y a rien à gagner dans ce que l’on nous donne, prend sans te faire prendre, construit tes aspirations.

2017 n’aura pas lieu, en tout cas pas pour nous.

Le spectacle pour nous n’est plus, car nous vivons ici et maintenant.

Louise Michel, dans Prise de possession disait :

« La délivrance ne vient pas, c’est que tu l’implores au lieu de la prendre. »

Il est temps de se délivrer.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. P dit :

    J’avais lu cet article le jour de sa publication, très étrangement je n’avais pas pensé jusque-là à te recommander à ce sujet – à nouveau 😉 – la lecture du « Traité de la servitude libérale : analyse de la soumission » de JL Beauvois (co-auteur du Ptit traité de manip à l’usage des honnêtes gens).
    Il n’y parle pas exactement du vote, mais plutôt de la soumission générale dans nos sociétés, provoquée justement par cette illusion de liberté, particulièrement dans les entreprises et les rapports patron-salariés.

    Pas complètement d’accord sur le vote, et l’intérêt d’une certaine représentation, ni sur le projet politique, m’enfin c’est les débats classiques entre cocos et anars, on en discutera ! :p
    D’ailleurs, les divergences sur la spiritualité, le matérialisme et la science sont en partie dues AMHA à un diagnostic politique différent… c’est ce qui me parait fondamental dans cette affaire. J’en avais déjà assez conscience avant qu’on commence à en discuter, mais c’est devenu beaucoup plus évident dans mon esprit depuis qqs semaines. Raison pour laquelle j’ai mis mon blog hors-ligne rapidement, pour retravailler complètement mon approche de ces questions.

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